La vérité sur la vulnérabilité

La vérité sur la vulnérabilité

Être fort, c’est être vulnérable. La vulnérabilité c’est oser se montrer sur son vrai jour.

C’est lorsque j’ose être vulnérable que je suis véritablement en relation avec moi-même et avec les autres.
Et si la vulnérabilité n’était pas une faiblesse, mais au contraire signe de puissance et de courage ?

Jeanne Siaud-Fracchin et Theodore Roosevelt

Brené Brown a constaté au cours de ses recherches en sciences humaines que nous anesthésions la vulnérabilité. Nous vivons dans un monde vulnérable. Et l’une des façons dont nous traitons ce problème, c’est d’anesthésier la vulnérabilité.

Pourtant, au cours de ces mêmes recherches, elle a découvert que se montrer vulnérable est la condition d’un fort sentiment d’amour et d’appartenance, source d’un bonheur durable. Pour pouvoir entrer en relation avec les autres, nous devons nous montrer tels que nous sommes, vraiment tels que nous sommes et accepter de nous aimer tels que nous sommes, imparfaits et vulnérables.
Le courage d’être imparfait engendre la compassion nécessaire pour être gentils, tout d’abord avec nous-mêmes, puis avec les autres, car, à ce qu’il semble, nous ne pouvons faire preuve de compassion envers les autres si nous sommes incapables d’être gentils envers nous-même.

Pourquoi sommes-nous si nombreux à étouffer ou anesthésier notre vulnérabilité ?
Eviter la vulnérabilité est une façon de se décharger de la douleur et de l’inconfort. Nous perfectionnons tout.
Brené Brown nous conseille d’accepter de nous montrer vraiment, d’oser la vulnérabilité et l’authenticité, d’aimer de tout notre cœur, même si il n’y a aucune certitude, de nous exercer à la gratitude et à la joie même dans ces moments de terreur, de croire que nous sommes bien comme nous sommes.
Juste pouvoir s’arrêter et, au lieu de s’imaginer les catastrophes qui risquent d’arriver, de dire : ” Je suis simplement reconnaissant, parce que me sentir si vulnérable signifie que je suis vivant.- Brené Brown

Quand nous écoutons la petite voix qui nous dit : ” Je suis bien comme je suis “, alors nous arrêtons de hurler, et nous commençons à écouter, nous devenons plus gentils et plus doux avec notre entourage, et nous sommes plus gentils et plus doux avec nous-mêmes.
Nous méritons tous amour et appartenance car nous sommes tous imparfaits et conçus pour avoir des problèmes.

C’est lorsque nous avons le courage d’être authentiques, de dire notre vérité, de nous montrer tel que nous sommes, que nous créons de la confiance dans la relation. Quand nous osons nous montrer vulnérables, nous dévoilons notre vraie personnalité, la confiance nous gagne, l’humilité et l’empathie dont nous faisons preuve profitent à tout le monde. C’est alors que nos relations avec les autres s’enrichissent de même que la qualité de notre vie.
Il est bien plus facile de devenir vrai quand nous nous sentons aimés. Nous aimer nous-même et soutenir autrui dans sa quête de vérité est une grande preuve de courage.
L’arsenal ordinaire de la vulnérabilité se compose de trois bouliers : la joie appréhensive (ou la frayeur qui se surimpose à la joie momentanée), le perfectionnisme (ou la croyance que tout faire à la perfection peut éviter la honte) et l’anesthésie (l’adoption de tout ce qui peut étouffer la douleur et la souffrance).

« A l’occasion de moments de réjouissances, la joie appréhensive est cette peur du pire qui pourrait survenir et l’illusion de pouvoir en contrôler les conséquences. La gratitude est l’antidote de la joie appréhensive. Le contraire de la rareté (« jamais assez ») est la suffisance. Pratiquer la gratitude revient à reconnaître que nous sommes suffisants et que nous avons suffisamment. C’est éprouver une joie alimentée par la gratitude. Avec le sentiment de suffisance, vient l’acceptation de notre propre valeur, des limites et de l’engagement. Nous suffisons (valeur versus honte). Nous avons suffisamment (limites versus surenchérissement et comparaison). Il convient de nous montrer, de nous laisser voir et de prendre des risques (engagement versus désengagement).
Le perfectionnisme diffère de la recherche de l’excellence et n’a rien à voir avec le fait de vouloir devenir meilleur. C’est une forme de honte, un système de croyances addictif et autodestructeur qui aliment principalement cette pensée « Si j’ai l’air parfait(e) et que je fais tout parfaitement, je peux éviter ou atténuer les sentiments douloureux de honte, de jugement et de reproche. » Pour se libérer du perfectionnisme, il faut entamer un long parcours qui mène de « Que vont penser les autres ? » à « Je suffis ». Ce voyage débutera avec l’apprentissage de la compassion envers nous-même qui nous permettra d’apprécier la beauté de nos propres fêlures et de l’autorisation de faire le « suffisant ». Il est inutile d’être parfait(e), il faut seulement s’engager et mettre ses actions en cohérence avec ses valeurs. Pour celles et ceux qui encadrent des équipes au sein d’une organisation, le courage managérial consiste à lutter contre leur désir de perfection et leur peur de ne plus être aimé(e), tout en respectant leurs propres valeurs.
L’anesthésie de la vulnérabilité par toute forme de dépendance est nocive parce qu’engourdir la souffrance, c’est aussi engourdir la joie. Lutter contre l’anesthésie revient peut-être, en fin de compte, à nourrir et prendre soin de son esprit. »

Brene Brown

Je vous recommande de visionner la conférence de Brené Brown sur TEDx qui dure 20 minutes et dont le thème est « le pouvoir de la vulnérabilité ». Brené Brown y traite principalement du courage d’être imparfait et de l’authenticité dans la relation qui génère de la confiance. Vous avez la possibilité de sous-titrer en français cette vidéo.

« Montrer sa vulnérabilité, c’est oser être davantage soi-même. C’est enlever l’une des premières couches du masque que nous portons (la « persona » en latin). Voilà qui requiert une bonne dose d’audace, un élan auquel s’oppose bien sur notre ego. Les leaders authentiques ont ceci en commun : ils se soumettent à la critique, reconnaissent leurs erreurs, expriment leurs émotions, dévoilent une part de leur intimité en partageant non seulement leurs valeurs profondes, mais aussi leurs hésitations, leurs peurs et leurs joies. Être authentique tout en se sachant imparfait requiert du courage. Un courage qui s’appuie sur l’estime de soi, le sentiment profond que l’on est légitime et que l’on mérite d’être aimé, écouté et suivi, malgré nos faiblesses. Ce changement radical chez un leader est contagieux. Il est une invitation offerte à chacun, dans l’entreprise, à exprimer sa voix et son potentiel. En montrant sa propre vulnérabilité, le leader autorise chacun en faire de même. En faisant cela, il émet un signal fort de respect et d’engagement dans les relations en s’y investissant pleinement lui-même avec son esprit et également son cœur. Les connexions sont plus vraies, l’engagement plus fort, le sentiment d’une humanité partagée se répand. Le ton est donné. Paradoxalement, montrer sa vulnérabilité nourrit une nouvelle forme d’autorité et de charisme provenant d’une congruence plus forte dans la manière dont le leader pense, ressent et agit. Pouvoir enlever l’armure pour partager ses difficultés ou ses doutes à son entourage professionnel libère de l’énergie. Car dans sa mainmise incessante sur nos pensées, notre ego utilise à notre insu une partie considérable de notre énergie psychique. Notre ego est un voleur d’énergie. Il suffit de penser à ces leaders inspirants ou à ces maîtres spirituels. Ce qui frappe souvent chez eux, c’est qu’ils semblent dotés d’une énergie inépuisable. Ce qui marque, c’est la qualité de leur présence, leur simplicité et leur authenticité. Ils n’ont aucune « image » d’eux-mêmes à maintenir, ils n’ont pas de rôle à jouer. Ils ont juste à veiller à « être », être pleinement eux-mêmes. Et grâce à cela, ils peuvent consacrer toute leur énergie à la mission qu’ils se sont donnés. Il s’agit donc de remettre progressivement notre ego à sa juste place. »

Romain Cristofini – L’intelligence spirituelle au cœur du leadership